La porte, instrument et symbole

LA PORTE

Instrument et symbole



Editions Alternatives

2004


SOMMAIRE


Remerciements


Introduction : “Prenons la porte ! ” 


Chapitre I  Les paroles,  les images et les rites


Chapitre II La porte et ses techniques : le dormant et l’ouvrant           


Chapitre III Une question d’architecture


Glossaire 


Références bibliographiques

            

Catalogues d’exposition


Table des illustrations

  

Florilège international



 
 



Introduction



Prenons la porte !


Instrument de chaque jour, point de passage de l’entrée et de la sortie, la porte est présente tout au long de notre vie quotidienne. Agencement de parties mobiles dans une construction fixe, adapté au passage de la personne ou des groupes, disposé entre un dedans et un dehors : voici, d’un côté, la définition théorique. D’un autre côté, comment se présente la porte de ce matin ? La porte de l’appartement ou du pavillon,  la porte piétonne dans le mur du jardin ou la porte du hall de l’immeuble, la porte du garage, la porte de l’ascenseur : je ne suis pas parvenu à la rue sans franchir quelques portes familières. Et déjà différentes : en bois, en métal ou en verre, à un vantail, à deux vantaux ; articulées sur des paumelles, sur des gonds, ou montées sur pivot ; ouvrante à l’intérieur, ouvrante à l’extérieur, ou basculante ; équipée d’une ou plusieurs serrures, d’une poignée, que j’actionne d’un geste machinal, qui engendre plus ou moins de bruit, du choc sourd d’un battant de bois au feulement des dispositifs de retenue modernes, au claquement mécanique d’une serrure.

Et pourquoi donc alors “prendre la porte” ? Pas pour vous mettre dehors ! Mais pour partagez avec vous, chère lectrice, cher lecteur, la profonde signification humaine de tout ce que notre histoire et notre culture ont déposé sur cet objet. Ainsi, dans les mondes d’avant l’industrie,  dans tout système de défense,  là où opéraient les constructeurs les plus furieux, les bâtisseurs des murs les plus immenses, les plus élevés et les plus épais, il fallait bien ménager ici où là un passage, une porte, qui permette l’usage par l’homme de ces constructions vertigineuses. La muraille de Chine elle-même avait des portes. Le mur suppose la porte, la porte suppose le mur. Et aujourd’hui dans nos villes, combien d’efforts pour atténuer les barrières, augmenter les échanges, accueillir un nouveau public, prennent la forme symbolique d’une “opération porte ouverte” : une manifestation temporaire, dans une gamme éclectique, qui va des ateliers d’artistes ouverts à tous, aux casernes de l’infanterie ; l’effort de communication passe par cette ouverture emphatique d’une porte symbolique

  La porte, ce modeste instrument de la vie quotidienne, hérite aussi de la magnificence de la porte dans l’histoire ou dans la fiction.  La porte trouve dans cet héritage noble une formidable valeur ajoutée. Parce que dans les contes les princes et les fées passaient par la  porte du palais, parce que, dans les histoires des temps anciens, le cortège du roi accèdait à la ville par une porte monumentale, et parce que, chez les élites, nul n’ignorait le prestige d’une entrée dans la carrière par la grande porte. Parce que la porte, instrument de la vie pratique, appartient de tout temps à  l’art et à la manière d’habiter.  Parce que les trouvailles de la langue ont joué avec la porte dans toutes sortes de tours et d’acrobaties langagières, parce qu’elles dessinent des actes symboliques, des métaphores, des figures de style, des images.  “Mettre la clef sous la porte” : c’est une image symbolique du départ, mais du départ d’un habitant, qui a investi dans ses biens, dans son installation, et qui renonce, avec une perte, une perte subie ; c’est le départ d’un bourgeois ruiné, d’un artiste raté, mais pas celui d’un nomade ou d’un passager.  “Il gagne la porte” : voici par contre une façon subtile pour désigner un départ décidé, choisi, porté par une volonté. La porte est une production, à la fois matérielle et verbale, de la civilisation ; et, on le montrera, à peu près partout dans le monde. 

La porte occupe ainsi dans nos sociétés urbanisées, et depuis plusieurs millénaires, une place qui est d’abord celle d’un dispositif spécialisé dans l’espace aménagé pour la vie et la survie des hommes, donc dans l’architecture. De la plus modeste à la plus fastueuse, la porte est indissociable des idées, des savoirs, des pratiques qui alimentent l’architecture de tous les temps. Pour cet organe pratique, pour ce système symbolique, le maître d’œuvre, qu’il soit un architecte professionnel reconnu,  ou un obscur entrepreneur, ne peut esquiver le problème technique et culturel que pose le traitement de l’accès à un bâtiment, à un lieu.   Cette porte est-elle un passage adapté et convenable ? Est-elle un bon dispositif de clôture ? En bref, cette porte est-elle efficace ? Et quel sens donne-t-elle à l’entrée dans ce bâtiment, dans ce lieu ? Qu’ajoute-t-elle à sa valeur d’usage  ? Un signe d’accueil distant ? Une marque de bienveillance ?  Ne serait-ce que par la remise des clefs, à la fin du chantier, tout maître d’œuvre prend sa part dans la mise au point d’une solution à ce double problème.  

C’est ce double aspect, ce double jeu, qu’il faut maintenant établir en détail dans ces pages. Ensemble, prenons la porte !

 

©Gérard Monnier

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